Les espaces publics contemporains sont aujourd’hui confrontés à une forme de paradoxe. Pensés pour être ouverts, polyvalents et durables, certains aménagements très minéraux révèlent, avec l’intensification des épisodes de chaleur, un besoin croissant d’ombre et de végétation.

La rénovation de l’allée Eugène Delacroix à Rouen, inaugurée en juin 2024, apporte à cet égard une réponse intéressante. Plutôt que de chercher à végétaliser uniquement le sol, le projet investit une autre dimension : le volume.

Des structures métalliques aériennes accueillent des plantes grimpantes et composent progressivement une canopée végétale au-dessus de l’espace public. L’acier constitue l’ossature immédiate ; le végétal, lui, transforme l’ouvrage avec le temps.

Cette hybridation entre structure et paysage présente plusieurs intérêts. Elle crée de l’ombre, modifie la perception d’un espace très ouvert et introduit une présence végétale là où la plantation d’arbres peut être contrainte par les réseaux, les ouvrages souterrains ou les usages de la place.

Une piste pour la Place Verte à Charleroi ?

À Charleroi, la Place Verte pourrait constituer un terrain particulièrement intéressant pour transposer et réinterpréter ce principe.

Son caractère ouvert et largement minéral participe à son identité architecturale et permet une grande flexibilité d’usages. Mais cette minéralité pose aussi la question du confort climatique lors des périodes chaudes.

L’enjeu ne serait donc pas nécessairement de « refaire » une place récemment aménagée, mais de réfléchir à sa capacité d’évolution.

Des structures métalliques légères, dessinées spécifiquement pour le site et associées à des plantes grimpantes adaptées, pourraient venir ponctuellement compléter l’aménagement existant. Positionnées au-dessus de certaines zones de repos ou le long de cheminements, elles permettraient de créer des séquences ombragées sans fermer visuellement la place.

Cette approche présente surtout un intérêt pour les espaces publics récents : elle permet d’envisager la végétalisation comme une couche supplémentaire du projet, plutôt que comme une remise en cause de sa conception initiale.

Concevoir des espaces publics capables d’évoluer

Face au changement climatique, la question n’est peut-être plus uniquement de savoir comment concevoir de nouveaux espaces publics plus végétalisés. Elle consiste également à se demander comment adapter ceux que nous venons à peine de construire.

Les structures métalliques végétalisées offrent une réponse parmi d’autres : relativement légères, potentiellement réversibles et capables de composer avec les contraintes du sous-sol, elles permettent au végétal de reconquérir l’espace public autrement que par la seule plantation en pleine terre.

L’exemple de l’allée Eugène Delacroix ouvre ainsi une piste intéressante pour Charleroi : ne pas opposer architecture minérale et paysage, mais utiliser la structure comme support d’une végétalisation progressive.

Une manière, peut-être, de faire entrer la canopée là où l’on pensait ne plus avoir de place pour elle.