• Planter davantage d’arbres en ville est devenu une priorité largement partagée. Mais une question reste parfois au second plan : quels arbres plantons-nous, et surtout avec quelle diversité ?

    Car une ville comptant des milliers d’arbres peut, en réalité, disposer d’un patrimoine arboré extrêmement fragile si celui-ci repose sur un nombre limité d’essences.

    L’histoire récente de l’arboriculture urbaine l’a démontré à plusieurs reprises : lorsqu’une espèce ou un groupe botanique devient dominant, l’arrivée d’un nouveau ravageur ou d’une maladie peut provoquer des pertes massives en quelques années.

    La diversité ne constitue donc pas uniquement un objectif esthétique ou écologique. Elle devient une véritable stratégie de gestion du risque.

    Santamour : ne plus mettre tous les arbres dans le même panier

    En 1990, le chercheur américain Frank S. Santamour Jr. formalise une recommandation devenue une référence internationale en foresterie urbaine : la règle dite du 10-20-30.

    À l’échelle d’une population arborée, elle recommande de ne pas dépasser :

    • 10 % d’une même espèce ;
    • 20 % d’un même genre ;
    • 30 % d’une même famille botanique.

    L’idée est simple : limiter la concentration taxonomique afin qu’un problème phytosanitaire ne puisse pas décimer une part trop importante du patrimoine arboré d’une ville.

    Cette approche a constitué une évolution importante dans la manière de concevoir les plantations urbaines. Pendant longtemps, les villes ont en effet privilégié quelques essences considérées comme fiables, disponibles en pépinière et capables de produire des alignements homogènes.

    Cette homogénéité présentait des avantages paysagers et techniques. Mais elle créait parallèlement une vulnérabilité biologique.

    John Ball : aller plus loin dans la diversification

    Le professeur John Ball, spécialiste de foresterie et de santé des arbres à la South Dakota State University, a prolongé cette réflexion en soulignant les limites d’une lecture trop littérale de la règle 10-20-30.

    Son raisonnement repose notamment sur l’évolution des menaces phytosanitaires.

    Un ravageur ne s’arrête pas nécessairement à une seule espèce. Certains organismes peuvent affecter plusieurs espèces appartenant au même genre. C’est précisément ce qui rend une concentration importante au niveau du genre potentiellement dangereuse.

    John Ball cite notamment ce type de situation pour défendre une diversification beaucoup plus poussée. Dans ses travaux de vulgarisation sur la diversité urbaine, il propose notamment de considérer une limite afin de réduire davantage le risque lié à l’apparition de nouveaux organismes nuisibles.

    • 5 % d’une même espèce ;
    • 10 % d’un même genre ;
    • 15 % d’une même famille botanique

    + 2% de  cultivars

    Il ne s’agit donc pas de rejeter Santamour, mais d’en faire évoluer le principe.

    Santamour avait posé une première règle de prudence. Ball en renforce la logique : plus les échanges mondiaux augmentent, plus les parasites et agents pathogènes peuvent circuler, et plus une forêt urbaine diversifiée constitue une forme d’assurance.

    Des travaux récents continuent d’ailleurs à discuter ces seuils et montrent qu’ils doivent être considérés comme des lignes directrices plutôt que comme des vérités biologiques universelles.

    La diversité ne consiste pas à collectionner les espèces

    Diversifier ne signifie cependant pas planter une essence différente tous les dix mètres.

    Pour les architectes, paysagistes, pépiniéristes et gestionnaires, l’enjeu est plus subtil.

    Une bonne diversité arborée doit combiner plusieurs dimensions : diversité des espèces, des genres et des familles, mais également diversité génétique, diversité des âges et diversité des formes.

    Elle doit surtout rester compatible avec le site.

    Une espèce rare mais mal adaptée au sol, au climat urbain, au volume disponible ou à la sécheresse n’améliore pas la résilience d’un projet. Elle crée simplement un futur problème de gestion.

    La diversité doit donc rester guidée par un principe fondamental de l’arboriculture : le bon arbre au bon endroit.

    Penser à l’échelle de la ville plutôt qu’à celle du projet

    Cette réflexion pose également une question intéressante pour la conception paysagère.

    Un projet d’alignement peut parfaitement conserver une identité forte sans reproduire la même essence dans toute une ville.

    La diversité doit donc être pensée à plusieurs échelles.

    Une rue peut conserver une certaine cohérence paysagère. Un quartier peut développer une palette différente. Et à l’échelle communale ou métropolitaine, l’ensemble de ces projets peut former un patrimoine arboré beaucoup plus diversifié.

    L’inventaire du patrimoine existant devient alors essentiel avant même de choisir les nouvelles plantations.

    Si une ville possède déjà une proportion importante de tilleuls, d’érables ou de platanes, la meilleure décision n’est peut-être pas de continuer à planter les espèces qui ont toujours bien fonctionné, mais précisément de commencer à introduire d’autres genres adaptés.

    Diversifier aujourd’hui pour ne pas devoir replanter demain