Extrait d’un compte rendu du n° 79 du trimestriel du Développement territorial Les Cahiers nouveaux, coédité par la Direction générale opérationnelle de l’Aménagement du territoire, du Logement, du Patrimoine et de l’Énergie du Service public de Wallonie et les Éditions Mardaga, et consacré au thème « Des pierres et des lettres », en écho aux Journées du Patrimoine 2011.
« Parmi les nombreux articles de cet intéressant volume, qui donne matière à réflexion, épinglons celui de Stéphanie Quériat, docteur en histoire, art et archéologie de l’Université libre de Bruxelles, sur Paysages patrimoniaux wallons : l’éclairage de l’artialisation, issu d’une recherche menée dans le cadre de la Conférence permanente du Développement territorial (CPDT). L’auteur a pris pour point de départ de son étude les réflexions théoriques sur le paysage de l’historien suisse François Walter – qui fait la distinction entre « la réalité objective du paysage que l’historien doit essayer de saisir dans sa diversité et la complexité de ses interactions » et ses aspects subjectifs, liés au « regard jeté sur l’extériorité », qui est conditionné par « des valeurs, des images, des messages subliminaux et des souvenirs » – et du philosophe français Alain Roger – qui définit deux façons d’« artialiser » la nature (expression empruntée à Montaigne) et de « créer » un « paysage » au départ d’un « pays » : in situ, soit par une intervention directe sur l’objet naturel, et in visu, ou au moyen d’une transformation indirecte de celui-ci, par la médiation du regard. Ce sont les paysages wallons liés à la représentation que l’auteur a choisi d’étudier : les sites peints, photographiés et décrits dans les œuvres littéraires ou les guides touristiques influencent et font évoluer la perception du spectateur, imprégné de cet héritage culturel. Au travers d’un recensement de l’ensemble des regards posés au XIXe et dans la première moitié du XXe siècle sur le territoire wallon par les artistes et les écrivains, Stéphanie Quériat a analysé le processus de « patrimonialisation » des paysages de cette région. Deux types de sites furent particulièrement représentés ou décrits : les vallées du bassin mosan, dont le caractère pittoresque correspondait parfaitement à l’esthétique paysagère en vogue à l’époque ; et les paysages industriels, témoins de la réussite économique de la région. Les paysages agricoles, quant à eux, restèrent quelque peu à l’écart du processus d’« artialisation » in visu.
Dans les politiques de conservation des paysages, qui constituent des vecteurs importants d’identité, il importe de considérer non seulement leur réalité objective mais également l’ensemble des éléments socio-culturels et mémoriels auxquels ils renvoient. »
Texte paru dans Les nouvelles du patrimoine, n° 134, janvier-mars 2012, p. 5-6.